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Grande Salle
Sankai Juku
C’est gravé dans la mémoire : l’enfant Ushio Amagatsu en uniforme, qui regarde la mer. En mémoire aussi les dos nus et blancs, qui lentement, mus par le balancement des hanches, semblent se débarrasser d’une vieille peau pour une renaissance. Pourtant cela ne date pas d’hier. C’est en 1978, que le chorégraphe japonais créait pour son groupe Sankai Juku -l’atelier de la montagne et de la mer- Kinkan Shonen Graine de Cumquat, le rêve d’un jeune garçon sur les origines de la vie et de la mort. Présenté trois ans plus tard à la Croix-Rousse, ce spectacle choc avait bouleversé les spectateurs et sans doute contribué alors à modifier leur regard, leur conception même de la danse. Dans cette pièce référence les Sankai «ces êtres du milieu» selon Amagatsu offrent un rituel envoûtant, majestueux, fusionnant avec l’animal, le poisson ou le paon. Se découpant sur un fond de scène, véritable tableau composé avec des poissons séchés, les danseurs se meuvent avec la lenteur qui caractérise le butô et étire le temps jusqu’à sa suspension. Trente ans plus tard, les retrouver, un cadeau merveilleux.
La liberté magistrale du butô que chacun fait évoluer selon sa singularité prend chez Ushio Amagatsu un ton plus esthétique, aussi cru et dérangeant soit-il. Avec Sankai Juku le chorégraphe a évolué vers des cérémonials d’une beauté intense.
Rosita Boisseau, Le Monde
Des messagers qui passent sans cesse des seuils invisibles vers une plus grande connaissance d’eux-mêmes possèdent les secrets d’une sagesse merveilleuse et terrible, celle de la vie, dont le commencement et la fin se nouent dans un seul mouvement. C’est dans ce sentiment de boucle, de réversibilité permanente que réside sans doute l’une des forces d’Amagatsu.
Jeanne Liger, in programme Théâtre de la Ville
Le geste, d’une lenteur inusitée, semble renaître depuis le mouvement impossible de la mort et s’échappe par le bout des doigts. Les mains du danseur de butô, comme en déliquescence, se défont, les doigts semblent pleuvoir. Amagatsu, d’une concentration extrême, prend tout son temps pour dérouler un bras. Les variations infinies des sept corps laiteux, sur scène, hypnotisent l’assistance.
Muriel Steinmetz, L’Humanité




